Le lieu et son histoire

Présentation par Elisabeth Saint Blancat, directrice du lieu de 1986 à 2017 :

 

Situé au cœur des Pentes de la Croix-Rousse, le 51 rue des Tables Claudiennes,  est devenu un théâtre en 1977 à l’initiative de Yves Barroz – que j’ai croisé en 1967 alors qu’il faisait de la figuration dans les spectacles de Roger Planchon – c’était un amateur dans le meilleur sens du terme, c’est-à-dire qu’il aimait le théâtre et le jazz, entre autres. Il avait pour « copains » Maurice Merle (ARFI), Alain Bert (comédien/rocker), Antoine-Laurent Figuière (devenu Haut Fonctionnaire), et autres artistes inconnus à l’époque. Ces comédiens, musiciens, metteurs en scène, démarraient dans le métier et n’avaient aucun lieu où montrer leur travail, ni au public, ni aux professionnels. C’est la raison pour laquelle Yves Barroz  a loué ce lieu – qui était auparavant et successivement une épicerie, un garage, une friterie – et, avec sa bande de copains, et qu’ils en ont fait un théâtre.

 

Il l’a nommé « Les Clochards Célestes » en hommage à Jack Kerouac, auteur emblématique de la Beat Generation. N’oublions pas que nous sommes dans les années 70. Dans cet état d’esprit, à l’ouverture du théâtre en 1978, il y avait, dans la salle d’accueil, une bibliothèque de prêt, un avocat conseil et un écrivain public. Il a fait vivre le lieu avec une programmation faite par cooptation. Lui avait un « vrai » métier et les Clochards Célestes étaient son loisir, son plaisir, sa passion. C’est ainsi que Le Lézard Dramatique a « vécu » ici pendant ses trois premières années d’existence, que l’ARFI a séjourné aux Clochards Célestes pendant 3 ans également, avant que les voisins ne fassent arrêter les concerts pour cause de nuisance sonores ! Ils en étaient arrivés à jouer à 19h le soir… Un concert de jazz à 19h devant se terminer à 21h au plus tard, ce n’était pas vivable !

 

J’ai rencontré à nouveau Yves Barroz en 84 ou 85. Je faisais la mise en scène d’un spectacle de théâtre et je cherchais à le créer à Lyon. Je suis arrivée – comme immanquablement – aux Clochards Célestes. Après quelques péripéties entre Barroz et les personnes en charge du lieu à ce moment-là (l’un d’entre eux voulait en faire un théâtre pornographique !), il m’a demandé si je voulais m’occuper de la programmation du théâtre. J’avais très peur – je n’avais jamais fait ça de ma vie, j’étais comédienne et parfois metteur en scène -, mais la politique artistique initiée par Yves me plaisait vraiment : accueillir des compagnies de théâtre « non encore reconnues du grand public », selon sa formule, être un tremplin, une vitrine pour les jeunes équipes en création…

Alors, j’ai dit OUI en mai 1986. J’ai appris, de façon complètement empirique, sur le tas…

 

Nous sommes en 2017, et depuis 2001, le Théâtre des Clochards Célestes est une SCÈNE DÉCOUVERTES THÉÂTRE. Une Scène Découvertes, qu’est-ce ? Quelle est sa fonction ? La même que celle qui avait été définie il y a 37 ans par Yves Barroz ! Pour ce qui me concerne, ma mission a toujours été – de découvrir de jeunes équipes professionnelles et de les programmer pour leur premier, deuxième, troisième spectacle… La mission de toutes les personnes qui y travaillent est d’accompagner ces jeunes artistes, que ce soit en communication, en administration, en technique ou en artistique. Les compagnies qui composent notre programmation sortent, souvent, des grandes écoles artistiques de notre Région : Conservatoire de Lyon, de Grenoble, ENSATT, Ecole de la Comédie de St Etienne…Certaines ne sortent de nulle part et cela n’enlève rien à leurs qualités.

 

Le Théâtre des Clochards Célestes est un endroit dans lequel oeuvrent des professionnels pour permettre à ces artistes en début de carrière de s’aguerrir. C’est une très belle mission.

Elisabeth Saint-Blancat

 

Depuis 2017, La direction artistique a été confiée à Louise Vignaud qui continue l’accueil des jeunes compagnies. Son édito.