Édito

Dans quelques instants, les portes du théâtre vont s’ouvrir. Dans sa loge, l’acteur se concentre. Procéder aux dernières retouches : cacher la brillance du nez, souligner l’œil, vérifier le mouvement des cheveux. Enfiler son costume. Boire une gorgée d’eau. Relire son texte. Se dégourdir les jambes. Pendant ce temps au plateau, on s’assure que tous les éléments sont bien en place : la lumière, le son, le décor, les accessoires. C’est l’heure. On s’embrasse, on s’encourage, et chacun regagne sa cachette. La salle vide retient son souffle, prête. Annonce dans le hall : les portes s’ouvrent, le public entre et s’installe. Bourdonnement joyeux, rire, attente. Noir. C’est parti.

Le théâtre nous manque, profondément. Pas seulement sa pratique, mais ce moment si particulier qu’est la représentation. Nous avons lu, travaillé, répété dès que cela nous a été autorisé, mais sans public, le théâtre ne peut pas se faire. La magie de la représentation ne peut pas opérer.

Pourtant, à l’heure où j’écris, nous sommes encore dans le flou.
Nous espérons que nos plateaux pourront ouvrir leurs portes, que
les représentations prévues pourront avoir lieu, et que vous, public, viendrez nous rejoindre. Un virus a fait prendre conscience à la planète entière, et surtout à ses habitants humains, de sa fragilité. Tout peut basculer. Tout est suspendu à un fil.

C’est sur ce fil que nous nous élançons avec cette nouvelle saison,
tels des équilibristes. Les jeunes artistes que nous accompagnons débordent de propositions, confrontant leurs intuitions au monde qui nous entoure, à son histoire, à ses tempêtes. Au milieu de la tourmente, ils sont là pour nous rappeler que c’est en partageant nos idées et nos sentiments que l’on peut faire face à la crise ; non en se rétractant dans une peur qui nous pétrifie.

Nos portes étaient closes, mais le Théâtre des Clochards Célestes a gardé son cap. Des travaux ont eu lieu pour permettre une plus grande liberté aux artistes : un gradin modulable et un équipement technique adapté à leurs demandes. C’est dans cette nouvelle salle que nous vous accueillerons dès le 23 septembre 2020 pour commencer cette saison, ambitieuse, dystopique et révoltée.

Debout sur notre fil, nous sommes prêts. Vivement !

Louise Vignaud.

Le Théâtre des Clochards Célestes bénéficie du soutien de la Ville de Lyon, de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et du Ministère de la culture (DRAC Auvergne-Rhône-Alpes).